"Oz... That's the name on the street for the Oswald maximum security penitentiary (Oz... C'est le surnom du pénitencier de haute sécurité d'Oswald)". Ces premiers mots d'Augustus Hill - le narrateur - plantent le décor d'une des séries les plus intéressantes et les plus charismatiques jamais diffusées sur HBO.
Augustus Hill est un des nombreux détenus qui ont été choisis pour intégrer "Emerald City" une unité expérimentale du pénitencier d'Oswald dirigé par Tim Mc Manus. A l'inverse des autres unités, les détenus ne sont pas confinés en permanence dans leur cellule mais peuvent se déplacer librement jusqu'au soir où ils réintégrent leurs quartiers. Mc Manus espère ainsi que les prisonniers vont apprendre à vivre ensemble dans le respect et l'harmonie et qui sait peut être même regarder des épisodes des Bisounours à la télé et se faire des bécots avant d'aller au lit. Ah la belle utopie...
Bien évidemment c'est l'inverse qui se produit. Chaque détenu se regroupe en clans : les nazis (menés par Vern Schillinger), les musulmans (menés par le charismatique Kareem Saïd), les "homeboys" (tous les noirs autres que les musulmans), les italiens, les hispaniques, les irlandais, les gays et les autres. A travers le traffic de drogue, les agressions physiques ou la religion, chacun des clans tente de contrôler ou de dominer les autres prisonniers ou tout du moins de survivre au jour le jour.
Au fil des épisodes, chacun des détenus est présenté par le narrateur (Augustus Hill) qui énonce son matricule, son nom (et éventuellement son surnom), le crime pour lequel il a été arrêté et la sentence qu'il va purger à Emerald City. S'ensuit alors un flashback plus ou moins saignant du crime commis par le détenu (mention spéciale pour celui d'Adebisi et celui d'Hernandez). Chacun des épisodes est porteur d'un thème (une sorte de fil rouge si vous voulez) qui est développé lors des nombreuses interventions narratives d'Augustus Hill.
Si les détenus ont la part belle du casting dans Oz, on compte également des rôles très intéressants dans le personnel de la prison : Tim Mc Manus le directeur utopiste d'Emerald City dont j'ai parlé plus haut, Leo Glynn le directeur de la prison d'Oswald, Soeur Peter Marie une nonne qui officie comme psychologue, Père Ray Mukada le prêtre et le docteur Gloria Nathan. Chacun d'eux tente plus ou moins d'aider les détenus et de les guider vers le chemin de la réinsertion mais ils sont vite confrontés à la dure réalité du système pénitentiaire véritable machine à broyer de l'humain...
La série Oz a été diffusée de juillet 1997 à février 2003 sur la chaîne HBO. Elle comporte 6 saisons de 8 épisodes (à part la quatrième saison qui est en deux parties et compte 16 épisodes).
Les qualités :
A l'instar des meilleurs films sur le milieu carcéral (Shawshank Redemption, Papillon, ...), Oz recrée parfaitement et de manière réaliste la dure réalité de la vie en prison et va même jusqu'à nous faire ressentir une certaine claustrophobie. Cette sensation est accrue dans les scènes où les détenus sont retenus en isolement ou dans "le trou" (une cellule réservée aux détenus récalcitrants où ils sont jetés complètement nus et pendant un temps indéterminé). Un traitement assez inhumain où même les prisonniers les plus endurcis sombrent peu à peu dans la folie.
Mais Oz ne se contente pas de faire une peinture réaliste du milieu carcéral et aborde de nombreux sujets avec beaucoup de justesse et de pertinence. Ainsi, avant même Six Feet Under, l'homosexualité est traitée sans tabou et de manière assez crédible. La religion est également abordée selon un angle plutôt intéressant à travers ses aspects positifs (les musulmans pronent la non violence et ne consomment pas de drogue, ils sont donc les plus enclins à la réinsertion) et négatifs (le dogmatisme, l'intégrisme, l'intolérance vis à vis des autres communautés). La peine de mort, l'addiction à la drogue, les viols, le cycle destructeur et sans fin de la violence sont autant d'autres thèmes intéressants abordés. Mais le véritable thème principal et le fil conducteur d'Oz à travers ses six saisons est l'impossibilité de se réinsérer et l'absence de choix pour les détenus. Tom Fontana le réalisateur de la série fait ainsi une critique très juste et très pessimiste du système carcéral américain.
Une autre grande qualité de la série Oz est le charisme de ses personnages. Que ce soit Kareem Said le leader des musulmans en proie à ses doutes et à ses faiblesses, Tobias Beecher l'avocat qui se retrouve enfermé avec les pires criminels et qui finit par devenir comme eux, Vern Schillinger la crapule par excellence, Miguel Alvarez et sa très lente descente aux enfers ou l'excellent Ryan O'Reilly génie manipulateur qui ne sera pas pour autant épargné, chacun évolue énormément au travers des saisons. Les intrigues qui se nouent entre les personnages sont aussi passionnantes les unes que les autres et contribuent à rendre la série de plus en plus intéressante au fil des saisons.
Bien entendu le casting est à la hauteur et probablement un des meilleurs qu'il m'ait été donné de voir dans une série. C'est bien simple ils sont tous parfaits. La plupart d'entre eux viennent du théatre (Eamonn Walker, George Morfogen, ...) mais même ceux qui ne sont pas des acteurs au départ (je pense notamment à Evan Seinfeld, leader du groupe Biohazard qui interprète Jaz Hoyt) sont tout à fait crédibles.
L'autre grande force d'Oz est son absence de manichéisme. Aucun des prisonniers n'est innocent et certains d'entre eux ont commis des crimes particulièrement atroces. Et pourtant il y aura toujours un moment dans Oz où l'on éprouvera de la compassion même pour la pire des crapules.
Les défauts :
Bon c'est sûr. Oz n'est certainement pas la série que vous allez voir au coin du feu un dimanche après midi avec tante Germaine et mamie René. Oz c'est violent, voir très violent. On y voit régulièrement des gars se piquer, se faire tuer, violer, torturer, ... (et en plus il y a même des garçons qui se roulent des pelles! si! si!) De là à dire qu'Oz fait dans la violence gratuite, il y a un pas que je ne franchirais pas. Oz a pour but de dépeindre l'univers carcéral de manière réaliste et ne verse donc pas vraiment dans l'aseptisé.
Autre défaut mineur : la série connaît une petite baisse de régime dans la deuxième partie de la quatrième saison (il faut dire que la fin de la première partie est particulièrement intense et qu'il était difficile d'enchaîner après ça). Mais rien de bien méchant rassurez vous !
(Avis très subjectif et tout à fait personnel) Tous les passages avec le révérend Cloutier sont assez lourdingues et surtout ce délire mystico-religieux avec des supers pouvoirs tendance X-Files n'a vraiment rien à voir avec le reste de la série et à mon avis Fontana devait abuser de substances pas tout à fait légales lorsqu'il a eu l'idée d'introduire ce personnage. Enfin bon tout ça c'est la faute à Luke Perry de toute manière (seule erreur de casting de la série).
Conclusion :
Bien peu de séries peuvent se targuer d'avoir aligné six saisons d'une qualité exceptionnelle. C'est pourtant le cas d'Oz qui est probablement une des meilleures séries dramatiques jamais réalisées. Tout ce que l'on aime dans une série est présent :
- Un concept original et intéressant.
- Un casting de rêve.
- Des intrigues complexes et prenantes.
- Une série qui se termine avec panache et qui n'a pas été sauvagement déprogrammée.
Alors arrêtez donc de lire ces lignes et courrez vous procurer les épisodes si ce n'est déjà fait !
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